Ces questions que l’on me pose

perePendant la grossesse, il y a deux choses particulièrement désagréables à mes yeux : l’attente (neuf mois, c’est long, ne me parlez surtout pas des éléphants!), et ces gens qui veulent à tout prix discuter de la future naissance avec vous, parce qu’ils se sentent obligés en raison d’obscures lois de vie en société. Ce qui est assez amusant, ou déprimant selon le point de vue duquel on se place, c’est que les questions à ce sujet sont très répétitives.

Outre les personnes qui vous demandent si ça va à peu près tous les jours, il existe quelques exemples de questions stupides, auxquelles il vaut mieux éviter de répondre trop franchement pour ne pas froisser (à moins d’être une femme enceinte et de pouvoir ensuite justifier ses sautes d’humeur par des hormones incontrôlables). Voici donc un petit florilège de ces questions et des réponses à éviter :

– alors, c’est pour bientôt ? Prends un calendrier connard et compte les jours toi-même

– alors, t’es heureux ? Non, surtout pas, moi je ne voulais pas d’enfants, c’est ma femme qui m’a forcé

– t’es impatient ? Non, neuf mois c’est trop court, j’ai à peine le temps de faire connaissance avec le ventre de ma femme et j’apprécie de ne plus pouvoir la prendre dans mes bras à quelques semaines de l’accouchement

– oh c’est un garçon ? Je suppose qu’en tant qu’homme tu es particulièrement content, non ? Non. Je n’aime ni le foot, ni le bricolage, ni les voitures, j’ai toujours rêvé de mettre des ballerines aux pieds de mes enfants, j’aime le rose et les poupées, je dois même avouer que j’ai essayé de convaincre ma femme d’avorter quand j’ai su que ce ne serait pas une fille.

Peut-être faudrait-il s’isoler totalement du reste du monde pendant la grossesse. On gagnerait en sérénité.

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Les compétitions de haltérophilie bientôt filmées comme le beach-volley

La nouvelle surprendra plus d’un téléspectateur. La direction de la chaîne Mendo Sport a annoncé hier vouloir mettre en place une révolution dans la manière dont elle filme et retransmet les événements sportifs. « Le Mendo évolue et nous devons suivre cette évolution », explique Pierre Doravolma, le chef de l’équipe de réalisation. « Le gros plan existe depuis 1900 et le sport s’empare toujours des codes du cinéma. Cette méthode fonctionne parfaitement dans le cadre du beach-volley. Je ne vois pas pourquoi l’haltérophilie ferait exception. »

Dans un communiqué, Mendo Sport affirme que si cette opération est un succès, elle pourrait être reconduite et développée dans d’autres sports comme le tennis de table, la lutte gréco-romaine ou les combats de sumo. La chaîne ne s’impose aucune limite, « à condition que cela n’empêche pas le bon déroulement du jeu. »

Le ministre de l’Inégalité hommes-femmes a pour sa part réagi négativement. Dans un communiqué, il explique craindre que « l’uniformisation de la société devienne la norme. Dans quelques années, les filles ne sauront plus repasser et les garçons ne sauront plus changer une roue de voiture. C’est tout un savoir qui se perd et les générations futures en feront les frais. »

Lundi lecture #9 : Tout s’effondre

CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v80), quality = 90Ce roman de Chinua Achebe nous plonge dans la vie du village d’Umuofia, appartement à la tribu ibo. A travers le parcours d’Okonkwo, le lecteur découvre le Nigeria précolonial. Okonkwo est un homme respecté au sein de son village. Ayant eu un père fainéant qui n’avait rien à lui léguer à sa mort, il a travaillé dur dès son plus jeune âge et s’est ainsi bâti une solide réputation. Ses talents de fermier et de combattant sont reconnus à leur juste valeur. Il ambitionne d’obtenir tous les titres de noblesse du village pour en devenir l’une des personnes les plus influentes.

Mais l’arrivée des premiers colons remet en cause l’équilibre dans lequel vivaient la tribu. Les missionnaires convertissent peu à peu la population au christianisme, et la religion animiste qui prévalait perd les certitudes sur lesquelles elle s’était bâtie. Okonkwo peste contre le manque de fermeté des autres habitants et tente de mener la révolte contre l’envahisseur blanc.

Tout s’effondre nous permet de nous immiscer dans un village précolonial et de mieux comprendre l’impact des missionnaires à leur arrivée dans de nouvelles contrées. L’organisation des prémices de la colonisation est également expliquée, mettant un coup de projecteur sur un aspect assez méconnu de l’histoire.

Comment tu t’appelles ?

pereUne fois que l’on sait que le bébé arrive, et encore plus une fois que l’on connaît son sexe, la Question Fondamentale s’impose : comment va-t-on l’appeler ? Wilfried, Georges, Natacha, Monique ? Dur, dur d’être un prénom.

Toute votre vie défile alors devant vos yeux. On dit que cela se passe quand vous mourez et c’est peut-être vrai, mais cela arrive aussi quand vous cherchez un prénom. Sylvain ? C’est ce grand con du collège qui ne savait pas additionner deux et deux. Sarah ? Cette mijaurée qui vous a mis un râteau en cinquième parce que vous avez les oreilles décollées. Nicolas ? Le gros nul en sport. Manon ? Vous aviez envie de lui coller des baffes à cause de sa voix de crécelle.

Impossible d’y échapper. Johnny, belote. Zinédine, rebelote. Chaque prénom a une signification, à savoir qu’à chaque fois que vous prononcerez celui de votre enfant, vous repenserez à tous les gens que vous connaissez qui portent le même nom. C’est un détail qui a son importance.

Vous n’avez certainement pas envie de vous rappeler d’un(e) ex ou d’une personne particulièrement désagréable. Vous ne voulez pas non plus donner le nom de votre meilleur(e) ami(e). Reprendre un nom déjà utilisé dans la famille, hors de question également.

Le choix est vite restreint. Et dans les possibilités restants, une fois que vous avez éliminé les Toussaint, Aaron, Aristide ou autres Simone, vous commencez à sécher. Il faut que le prénom soit original mais pas trop, courant mais pas trop, bref, il faudrait avoir du sur-mesure. Vous avez décidé que l’avis de vos proches ne compterait pas et que vous ne répondrez pas aux commentaires. Bravo pour votre volonté, mais au fond vous savez que vous anticipez les réactions éventuelles en changeant par anticipation le nom de votre progéniture.

Vous vouliez l’appeler Enzo, et vous entendez distinctement votre cousin dire « ça fait Rital, quand même. » Vous éliminez d’entrée tous les prénoms finissant en « o. » Lola ? « Ça fait poupée, non ? » Et les noms en « a » disparaissent de la liste. Pauline ? « Deux qui la tiennent… ? » Exit les noms en « ine. » Dans votre désespoir, vous tentez de jouer aux fléchettes sur un calendrier. Vous tombez inévitablement sur 14-juillet, Assomption et Colette.

Chaque prénom est un poème

livre styloJ’ai lu l’autre jour cette affirmation : « chaque prénom est un poème. » La bonne affaire. Bien sûr, si on cherche bien on peut trouver quelque chose qui le confirme. Il y a les prénoms qui évoquent un poète, comme Charles ou Victor, mais c’est de la triche. Il y en a d’autres qui ont un air lyrique, ou bien qui veulent se le donner. Ernestine, Hippolyte, Maguelone, Théophile, Octavie et compagnie sont si rares qu’ils ont toute leur place entre quelques vers.

Oui mais voilà. Il existe des tas de prénoms qui ne collent pas du tout. Clovis, Jennifer, Prudence ou Tanguy. Sans parler des terre-à-terre Stéphane ou Bernadette. Pour pondre un poème avec ces noms-là, il faut se lever de bonne heure, n’est-ce pas ?

Je sais. Je suis trop prosaïque. Je devrais réfléchir au-delà du réel et développer mon imaginaire. J’aimerais bien vous y voir. Mon prénom à moi, c’est Gonzague. Est-ce que quelqu’un pourrait imaginer un poème avec un Gonzague dedans ? Certainement pas. Gonzague et lyrisme ne vont pas ensemble, c’en est presque gravé dans le marbre tellement c’est évident.

Lundi Lecture #8 : Mon traître

mon-traitre.jpgLes Troubles irlandais, de la fin des années 1970 aux années 2000. C’est ce que propose au lecteur Sorj Chalandon. Mais le livre va bien au-delà d’un récit sur la guerre civile et ses conséquences. Mon traître est une histoire vraie. L’histoire d’un Français lié d’amitié avec des Irlandais catholiques de Belfast, l’histoire d’un homme qui s’identifie à la lutte des catholiques face au gouvernement britannique. Et l’histoire d’un traître, d’un membre de l’IRA payé par les services secrets britanniques pour leur fournir des renseignements sur les dissidents catholiques.

Il n’y a pas de suspense dans ce livre, juste l’inexorable avancée d’un récit poignant. Témoignage de la guerre civile irlandaise, Mon traître ne raconte pas seulement la lutte, mais aussi le quotidien des Irlandais à cette période, et surtout les liens d’amitié qui se sont tissés au fil des années, jusqu’à la révélation de la trahison. Rapide, rythmé, c’est un livre qui se lit à toute vitesse, au rythme des violons irlandais et de la colère des victimes de la guerre.

C’est un garçon !

pereLa nouvelle est tombée d’un coup, comme ça, au détour du couloir à la maison. Ta mère me l’a dit un peu de but en blanc, je ne savais même pas qu’elle était au courant. Il faut dire que ce n’était pas prévu, que d’habitude le médecin ne peut pas connaître le sexe aussi tôt. Mais voilà, tu étais tourné dans le bon sens et, à l’écran, bien visible sans aucun doute, tu avais cet attribut qui permet de confirmer que tu es un garçon.

Alors ta mère me l’a annoncé dès qu’elle m’a vu, pour ne pas faire traîner les choses. J’étais un peu déstabilisé, surpris de savoir cela aussi tôt, je n’ai donc pas vraiment réagi sur le coup. J’ai dû dire quelque chose comme un « oh, super » quelque peu embarrassé, une de ces phrases qui n’ont aucun sens mais que l’on répète assez souvent dans la vie. Non, honnêtement, je n’ai pas sauté au plafond ni paru particulièrement heureux quand j’ai su que tu serais un garçon. Et cela n’aurait pas changé si tu avais dû être une fille.

Il m’a fallu un peu de temps pour digérer la nouvelle. Un peu plus de temps que pour la nouvelle de ta future naissance, même. Pourquoi ? Te demandes-tu peut-être. Eh bien, tout simplement parce qu’avant de connaître ton sexe, tu n’étais encore qu’une chose assez abstraite. Que quand je t’imaginais face à moi, je m’efforçais de t’imaginer aussi bien en fille qu’en garçon. Et voilà que le champ des possibles était divisé par deux et que seule une option subsistait. Parmi tous les films que je me faisais par anticipation, je devais en supprimer la moitié, sans crier gare.

Finies les réflexions sur tel ou tel aspect de la vie d’une fille, finies les tergiversations sur la façon de te traiter en princesse mais pas trop. Te voilà garçon, et il faut donc que je me concentre sur les questions masculines. Cela tombe bien, en tant qu’homme je devrais en savoir un rayon. Mais cela signifie aussi passer de l’autre côté de la barrière dans la relation père-fils, et c’est assez étrange quand on y pense.

Alors, bien sûr, j’ai été très heureux quand j’ai su que tu serais un garçon. Il m’a fallu un peu de temps avant que la joie domine, à cause de tout ce mélange d’émotions, mais c’est bel et bien la joie qui a fini par dominer. Et sans surprise, parce que les clichés s’enracinent dans nos crânes malgré notre volonté, j’ai commencé par t’imaginer taper dans un ballon. J’ai tout de suite voulu effacer cette image de ma tête, mais que veux-tu, c’est plus fort que moi.

Au fond j’espère que tu voudras faire du sport, et si possible un sport que j’aime beaucoup. Dans le même temps, j’espère que tu me donneras tort pour tordre le cou aux clichés et donc que tu n’aimeras pas le sport plus que cela et préféreras une autre activité, proche des goûts de ta mère (du chant ou de la musique, en l’occurrence). Bref, je veux te laisser le choix mais j’ai bien peur que le déterminisme ait raison de la liberté que nous voulons te donner, ta mère et moi.

Alors voilà, tu seras un garçon et j’en suis très heureux, même si je n’en ai peut-être pas eu l’air au premier coup d’œil. Il me reste à secrètement espérer que tu feras du sport et à faire le deuil (temporaire, qui sait) de mes espoirs d’avoir une fille (et si tu avais été une fille, j’aurais aimé que tu fasses du sport aussi, il n’y a pas de raisons).