Lundi lecture #130 : L’homme craie

Eddie a 12 ans quand il découvre les bonshommes dessinés à la craie pour la première fois. Dans son groupe d’amis, en compagnie de Gros Gav, Mickey Métal, Hoppo et Nicky, ils se servaient jusque-là des craies comme d’un langage secret, le plus souvent pour se donner rendez-vous. Mais depuis l’incident avec la Fille du Manège à la fête foraine, rien ne semble se dérouler normalement.

Trente ans plus tard, le groupe d’amis a bien changé et Ed Adams regrette que personne n’ait pu recoller les morceaux. Il aurait également pouvoir tirer un trait sur le passé et tourner la page pour de bon. Mais Mickey semble vouloir revenir sur les événements de l’époque, et rouvre sans le vouloir la boîte de Pandore. Mais en tentant d’éclaircir certains mystères, d’autres s’épaississent encore.

Jonglant habilement entre les époques, C.J. Tudor livre un thriller haletant où la vie d’une petite ville anglaise sans histoire bascule au cours d’un été. Les bandes d’amis, mais aussi les relations de voisinages, changent peu à peu et les événements ne laissent aucune chance de retour en arrière. Et plus le temps passe, plus les énigmes s’accumulent.

Lundi lecture #129 : Gagner la guerre

La puissante cité de Ciudalia est engagée dans un coûteux conflit contre l’empire de Ressine. Mais pour le podestat Leonide Ducatore, les véritables ennemis se trouvent au sein même de sa ville, dans les familles nobles qui cherchent à le concurrencer et à lui ravir sa place à la tête de la cité. Heureusement, il peut compter sur Benvenuto Gesufal, un mercenaire qui obéit aux ordres sans discuter et qui sait garder les secrets.

Pour Benvenuto, les choses sont loin d’être aisées. Utilisé comme un homme à tout faire, il est tour à tour diplomate, espion ou tueur selon les circonstances. Parfois mis sur le devant de la scène, il doit à d’autres moments se faire discret, jusqu’au jour où il doit fuir la ville où il a toujours vécu.

Roman fantasy de cape et d’épée, ce récit de Jean-Philippe Jaworski rassemble tous les classiques du genre en mélangeant les intrigues et en multipliant les retournements de situation. A Ciudalia, rien n’est jamais acquis d’avance, et le pouvoir encore moins.

Lundi lecture #128 : Le miroir de Bouddha

Neal Carey pensait pouvoir profiter d’un peu de repos au fond de la campagne britannique. Mais voilà qu’il est appelé pour retrouver un chercheur qui travaille pour une entreprise de pesticides. L’homme a semble-t-il quitté son poste du jour au lendemain pour suivre une Chinoise et son employeur ne voit pas sa disparition d’un bon œil. Neal n’a qu’à aller le chercher à San Francisco et le convaincre de reprendre sa place au travail.

La tâche a l’air simple mais les choses se compliquent bien vite, quand Neal manque recevoir une balle dans la tête et quand le chercheur se fait la belle à Hong-Kong avec sa compagne chinoise. Neal décide de les suivre et se retrouve dans les bas-fonds de la mégalopole, de Kowloon à la Cité Murée. Et la course-poursuite prend une toute autre ampleur à mesure que Neal en apprend plus sur l’identité du couple qu’il poursuit.

Simple polar en apparence, cet ouvrage de Don Winslow se révèle être un roman d’espionnage, avec son lot d’intrigues imbriquées les unes aux autres et ses vérités sans cesse cachées. Le duel entre la Chine et les Etats-Unis s’impose à mesure que le récit progresse, et les personnages ne semblent plus être que des pions au service d’intérêts qui les dépassent.

Lundi lecture #127 : Ceux d’ici

A Howland, petite commune du Massachusetts, la population vit modestement. Mark Firth, entrepreneur en bâtiment, en est l’exemple parfait, surtout depuis qu’il a été victime d’une escroquerie sur des placements financiers. Les attentats du 11 septembre ajoutent à cette précarité un sentiment général d’insécurité, à peine compensé par l’isolement du village. Et la population peine à comprendre pourquoi un homme aussi important que George Hadi, riche investisseur, débarque dans leur quotidien.

L’homme affirme que sa présence est due à la situation sécuritaire et qu’il ne cherche qu’à pouvoir continuer de travailler sans être inquiété. Mais sa présence dérange, qu’il le veuille ou non. Il est trop différent des autres habitants, ne vient pas du même monde qu’eux. Et surtout, il prend peu à peu de l’importance dans la vie de Howland et finit même par se lancer en politique et être élu maire. Le quotidien de l’ensemble de la commune change à mesure que Hagi prend de nouvelles décisions. Si certains se satisfont de son action politique, d’autres voient son intervention d’un mauvais œil et tentent d’unir les mécontents.

Jonathan Dee montre ici l’apparition et l’amplification des divisions au sein de la société avec beaucoup de réalisme et sans exagération. Le quotidien de Howland, c’est la réalité de n’importe quelle commune occidentale du début du millénaire, avec ses jeux de pouvoir et ses enjeux nationaux qui trouvent un écho local.

Lundi lecture #126 : Catch 22

L’escadrille de bombardiers américains basés à Pianosa en Italie a le moral dans les chaussettes. Et pour cause : les supérieurs ne cessent de leur demander d’effectuer des missions supplémentaires pour atteindre leurs objectifs. Pour Yossarian et les autres, il n’y a qu’une seule échappatoire : se faire porter pâle. Et une fois à l’hôpital, il faut demander aux médecins de se faire dispenser de mission.

Mais c’est là que l’Article 22 entre en compte. Il stipule que seuls les fous peuvent être dispensés de mission. Or, « quiconque veut se dispenser d’aller au feu n’est pas réellement fou. » Comment s’en sortir dans ce contexte ? Yossarian passe en revue toutes les options possibles mais il se heurte à chaque fois au même mur. Il doit pourtant exister une solution pour échapper aux canons de DCA ennemis et aux ordres absurdes des gradés.

Ce roman satirique de Joseh Heller et à la fois une ode à l’absurde et une critique directe de la guerre. Quand les ordres se contredisent jusqu’à rendre fous ceux-là même qui les ont ordonnés, plus rien d’autre ne compte que rentrer vivant à la base – et tant pis pour les objectifs. Ce roman, c’est en quelque sorte Kafka à la guerre, l’humour en plus.

Lundi lecture #125 : La position du tireur couché

Martin Terrier avait tout prévu. Après avoir rempli un dernier contrat, il allait ranger ses outils et reprendre sa vie là où il l’avait laissée dix ans plus tôt, avant de s’engager dans l’armée. Après avoir combattu sous les drapeaux, il avait profité de son expertise dans le maniement des armes pour devenir un tueur à gages. Cela faisait partie de son plan. Grâce à son travail, il pouvait mettre de l’argent de côté pour le jour où il arrêterait.

Tout semble réglé comme du papier à musique. Il ne lui reste plus qu’à retrouver Anne, son amour de jeunesse à qui il avait demandé de patienter dix ans. Mais rien ne se passe comme prévu. Tout d’abord, le patron de Martin Terrier n’est pas d’accord avec ses envies de liberté, et il tient à le lui faire savoir. D’autre part, Anne a un peu changé en une décennie.

Les balles sifflent, les trahisons se multiplient… Tous les codes du polar sont réunis dans ce roman de Jean-Patrick Manchette où les personnages n’ont pas d’états d’âme. Chacun privilégie ses intérêts personnels et personne n’hésite à faire parler la poudre si nécessaire.

Lundi lecture #124 : Lièvre noir

Sam est commis de cuisine. Il est affecté chaque matin à un employeur différent, selon les besoins déterminés par l’Office Local d’Affection, un organisme qui centralise les besoins en main d’oeuvre de l’ensemble des entreprises et qui dispatche chaque jour les travailleurs selon la nécessité. Sam change donc souvent de lieu de travail et ce relatif anonymat lui permet de temps en temps de détourner quelques poignées de riz pour nourrir sa fille Claris.

Car la vie est rude dans cette France post-Bouleversements, et seuls l’élite de la société a le droit d’élever un enfant. Au sein de la classe populaire, les parents sont privés de leur descendance par les services de l’Etat. Chaque enfant non déclaré est un clandestin, et l’élever dans ces conditions relève du parcours du combattant. Et quand Claris disparaît, Sam se retrouve plus seul que jamais.

Un jeu de piste se met en place, lors duquel Sam fouille dans les moindres recoins pour trouver des indices qui peuvent le conduire à sa fille. Benoît Behudé emmène le lecteur dans un univers sombre où la société s’est délitée et où une milice remplace la police. Un monde où chacun s’occupe de sa survie et où toute solidarité semble avoir disparu.

Lundi lecture #123 : Téranésie

La Téranésie est une petit île perdue en Indonésie, dans les Moluques. Elle compte quatre habitants : un couple de scientifiques et leurs deux enfants. Ceux-ci sont venus sur place car ils ont découvert une étrange espèce de papillons. Mais la guerre civile éclate dans la région et seuls les enfants, Prabir le grand frère et Madrushee la petite sœur, en réchappent avant d’être recueillis par une tante à Toronto.

Trente ans plus tard, les mutations génétiques que portaient les papillons se sont étendues à l’ensemble de la faune et de la flore sur l’île, mais également sur les îlots alentour. Madrushee veut s’y rendre pour achever les recherches de ses parents. Prabir veut l’en empêcher car il craint qu’elle ne découvre l’entière vérité, celle-là même qu’il essaye d’oublier depuis son départ de l’île.

Se basant sur des théories génétiques pour étayer son récit, Greg Egan emmène le lecteur dans une histoire où la science prend une place prépondérante. L’humanité toute entière est menacée par une mutation génétique qui cause bien des soucis aux scientifiques du monde entier.

Lundi lecture #122 : Karnak Café

Le Karnak Café est le repaire du narrateur. Il a découvert ce lieu par hasard et s’est laissé happer par la propriétaire de l’établissement, une ancienne danseuse du ventre. Dans le Karnak Café, les clients sont presque tous des habitués, et une partie d’entre eux sont des étudiants. Dans le Caire des années 1960, ils vivent les débuts de l’ère Nasser avec beaucoup d’espoirs et un peu d’appréhension.

La révolution en laquelle ils croient met finalement du temps à se montrer. Les étudiants disparaissent du café une fois, puis deux, puis trois. Leur absence est chaque fois plus longue, et à chacun de leur retour sur place les jeunes paraissent plus ternes, comme s’ils n’étaient plus en mesure de sourire. Les langues se délient peu à peu, et la violence de la répression sous Nasser est mise au jour.

Ce court roman de Naglib Mahfouz plonge le lecteur dans les espoirs de la révolution nasserienne, puis dans la terreur qui a accompagné l’ère Nasser dans les années 1960. Construit comme une addition de portraits de personnages, le récit inscrit chaque péripétie individuelle au sein de l’histoire commune.

Lundi lecture #121 : Joueurs

Pammy et Lyle forment un couple en bout de course. Plus aucun des deux ne semble curieux ni intéressé par la vie et les envies de l’autre. Ils tournent en rond, se repliant sur eux-mêmes. Leurs seuls compagnons sont un couple d’homosexuels. Pammy travaille dans le World Trade Center, Lyle est employé à Wall Street. Un de ses collègues est tué par une personne étrangère au service.

En cherchant à en savoir plus, Lyle met le pied dans un réseau terroriste dont le but est de faire exploser les locaux de Wall Street. Il décide de poursuivre son enquête, tout en répétant les informations dont il a connaissance à un homme qui se présente comme un employé de la CIA.

Dans l’Amérique de la fin des années 1970, Don DeLillo raconte en un bref roman les tourments de la société de l’époque. L’ennui a pris le pas sur les idéaux et il ne reste guère plus que la télévision et le sexe pour passer le temps lorsque l’on n’est qu’un individu parmi des milliers, perdu au sein d’une gigantesque fourmilière.