Lundi lecture #119 : Tobie Lolness

Tobie ne mesure guère plus d’un millimètre, et la vie est bien compliquée lorsque l’on est si petit. Le garçon, fils d’un illustre savant, vit dans un arbre. Toute la vie du village est organisée au sein de l’écorce d’un chêne gigantesque, qui sert d’abri et de source de vie à toute la société. Mais la survie de l’arbre est menacée par les projets industriels de Jo Mitch Arbor.

Le père de Tobie s’oppose aux plans de Jo Mitch, mais le conseil du village ne lui fait pas confiance et l’emprisonne. Tobie se retrouve seul, pourchassé par les hommes de main de Jo Mitch. Il peut toutefois compter sur l’aide d’Elisha, une jeune fille qui habite à quelques jours de marche de chez lui et qui est pleine de ressources et de courage.

Roman d’aventures destiné aux enfants, Tobie Lolness pourrait aussi bien être lu par les adultes. Thimotée de Fombelle signe là un ouvrage rythmé aux personnages hauts en couleur, dont le thème central fait écho aux débats actuels sur la protection de l’environnement et la survie de notre écosystème.

Lundi lecture #118 : Les ailes brisées

A Beyrouth au début du XXe siècle, un jeune homme rencontre un ami de son père. Cet homme fortuné a une fille, Salma Karamé dont le narrateur tombe rapidement amoureux. Les deux jeunes s’entendent parfaitement et rêvent d’un futur à deux, mais la politique locale s’en mêle. Le mariage de Salma est arrangé avec l’un de ses cousins pour que l’argent reste dans la famille.

Cette décision marque profondément le jeune homme, qui n’est autre que Khalil Gibran. Salma n’est pas heureuse avec son époux et elle rencontre régulièrement Khalil pour lui faire part de ses tourments, tout en s’assurant que personne ne puisse les surprendre ensemble.

Ce roman sur l’amour impossible entre deux individus est connu pour sa portée symbolique. C’est le premier roman de Khalil Gibran, qui le fera publier aux Etats-Unis peu de temps après son arrivée sur le continent américain. C’est également l’un des premiers romans de langue arabe.

Lundi lecture #117 : Les écrivements

Jeanne a quatre-vingt-un ans. Elle vit à Montréal depuis toujours et apprend par hasard que son ancien compagnon Suzor, qui l’a quittée quarante ans plus tôt, est atteint de la maladie d’Alzheimer. Elle lui en veut toujours de l’avoir laissée seule, mais elle décide de le retrouver pour lui venir en aide. Jeanne partage avec Suzor une telle quantité de souvenirs qu’elle ne veut pas les garder toute seule. Surtout pas ce voyage en URSS en 1959 qui s’est imprimé dans sa mémoire alors qu’elle s’est toujours efforcée de l’effacer.

Les montagnes de l’Oural la traumatisent toujours malgré les années qui passent. Et Jeanne se rappelle que Suzor était encore plus touché qu’elle par ce qu’ils avaient vu sur place. Alors, pour elle, il est hors de question qu’il puisse oublier. Ce serait injuste. Dans sa quête, Jeanne est épaulée de Fourmi, une adolescente dont les parents ont été voisins de Jeanne quelques années auparavant, et d’un carnet dans lequel la vieille dame écrivait ses souvenirs.

Roman sur la mémoire et l’oubli, ce récit de Matthieu Simard met une octogénaire qui n’attend plus rien de la vie face à ses contradictions et face à un passé qu’elle-même n’a jamais voulu effacer tout à fait. L’histoire est combinée à l’affaire du col Dyatlov, dont les conclusions ont été rendues il y a quelques jours.

Lundi lecture #116 : Patria

Le 20 octobre 2011, l’organisation basque ETA annonce la fin de sa lutte armée contre l’Etat espagnol. Pour Bittori, c’est une nouvelle capitale. Elle décide de rentrer au village où elle est née et où elle a toujours vécu, avec son mari le Txato, assassiné par l’ETA. Elle s’est exilée à San Sebastian à la mort de son époux, contrainte de quitter le village. Mais cette fois, plus rien ne pourra l’arrêter. Et encore moins les regards et les commentaires des villageois, ébranlés par son retour.

Miren est tout particulièrement perturbée. Amie de Bittori depuis toujours, elle a un fils qui a intégré l’ETA et pour cette raison les deux femmes se sont peu à peu éloignées, au point de ne plus s’adresser la parole. Les deux familles, autrefois si unies, se sont déchirées. Alors quand Bittori apparaît dans le village, elle donne avant tout l’impression de vouloir remuer le couteau dans la plaie.

Roman magistral sur le pardon et l’oubli, ce récit de Fernando Aramburu plonge le lecteur dans la réalité du pays basque et des attentats de l’ETA. Jonglant entre les époques, l’auteur relate tantôt les tensions dans le village au retour de Bittori, et tantôt la situation qui a amené à l’assassinat du Txato, un chef d’entreprise basque jusqu’au bout des ongles, mais qui a commis le tort de ne pas payer l’impôt révolutionnaire.

Un amour impossible

Je te vois chaque matin. Et chaque matin je ne peux m’empêcher d’admirer ta beauté. Tes lignes, tes courbes, tout cela me rend heureux. Heureux d’avoir la chance de te voir tous les jours.

Me vois-tu ? M’aperçois-tu seulement ? Rien n’est moins sûr. Tous les jours, je suis déterminé à m’approcher de toi. Je marche à grands pas, excité à l’idée de te revoir, espérant que nous pourrons partager un moment de bonheur tous les deux.

Mais tu sembles m’ignorer. Quoi que je fasse depuis l’autre côté de la rue, tu poursuis ta route sans même détourner le regard et me laisses seul, abandonné, vidé de mon énergie, rempli de tristesse.

Je prie chaque matin pour que cette situation prenne fin. Mais rien ne change. Toi, le tramway numéro 127, qui dessers la ligne 8, tu m’échappes toujours.

Lundi lecture #115 : Furie

La furie, c’est cette rage qui semble sortir de nulle part mais qui envahit votre esprit et peut surgir à tout moment. C’est ce que ressent Malik Solenka, un ancien professeur de philosophie anglais, créateur de poupées. Il a pour cette raison quitté sa famille et déménagé à New York. Ce qui l’a décidé ? Il s’est retrouvé en pleine nuit, un couteau à la main, prêt à s’en prendre à sa femme et son fils, qui dormaient paisiblement.

Son séjour à New York doit lui permettre de faire le point et de retrouver un équilibre dans sa vie. En froid avec son épouse, Malik Solenka doit aussi composer avec la popularité de l’une de ses créations, une poupée nommée Cervelette qui a eu droit à sa propre émission de télévision. Mais si elle lui a apporté popularité et prospérité, son œuvre a totalement échappé à son créateur, au point qu’il la déteste à présent.

Salman Rushdie décrit page après page la crise existentielle du professeur et entraîne le lecteur dans un labyrinthe de pensées mélangeant philosophie, mythologie, culture générale et culture populaire. Un récit qui mêle réalisme et imaginaire.

Lundi lecture #114 : Par les soirs bleus d’été

La Montagne Perdue, c’est un lieu-dit où se trouve une ancienne mine de charbon ainsi que quelques attractions pour les touristes, et un gîte. Dans ce gîte travaille Détélina, partagée entre la nostalgie des mineurs et le besoin de s’occuper de son fils, farouche et ne s’exprimant qu’avec des couleurs et des rituels bien précis. Ce fragile équilibre est perturbé par l’arrivée d’un étranger, qui s’installe dans une roulotte à deux pas du gîte.

L’intrus a longuement voyagé : il la quitté la guerre civile dans la région du Donbass, en Ukraine, pour tenter de retrouver quelqu’un. Il a effectué le trajet sur une vieille moto équipée d’un side-car, qu’il a lui-même retapée et repeinte. Lui aussi vient d’une région minière. Il a même connu la fierté d’aller pousser des wagons de charbon dans les souterrains, comme ses camarades. Mais il était loin de douter que sa présence près du gîte aurait un impact sur la vie locale.

Ce court roman de Franck Pavloff emmène le lecteur dans un espace fragile, où le personnage principal Détélina vit dans un équilibre précaire, toujours à la limite de la rupture. Élevant seule un enfant autiste, imprégnée du passé minier de la région, elle vit mal l’intrusion d’un étranger dans son espace vital, où elle s’efforce de faire grandir son fils dans un cocon protecteur.

La tour de Pise pencherait du mauvais côté

L’historien Perluigi Insigne est formel : la tour de Pise n’a pas été construite comme cela avait initialement été prévu. « J’ai pu retrouver les documents originaux de Bonanno Pisano », explique-t-il. D’après les plans initiaux, l’inclinaison vers le sud que la tour connaît actuellement n’était pas prévue.

« Mais tout le monde pense que cette inclinaison est due à un défaut. C’est faux ! Tout était prévu depuis le début, mais la vérité est restée cachée », affirme l’historien. Selon lui, l’inclinaison était calculée, si bien que les câbles qui retiennent la tour de nos jours ne sont pas utiles.

« Tout a été pensé à un degré que nous ne pouvons pas imaginer. La tour devait pencher vers le nord. »Pourquoi cette direction ? « Aussi bien pour des raisons symboliques que pratique. Les boussoles n’étaient pas utilisées par le commun des mortels à l’époque. La tour de Pise étant un campanile, elle avait déjà un rôle important comme point de repère dans la ville. Son orientation physique n’était qu’un aspect supplémentaire pour parfaire l’œuvre. »

Selon l’historien, la mairie de Pise devrait se donner les moyens de renverser la tour pour la faire enfin pencher dans la bonne direction. « Ce serait un signe de respect pour le travail de Bonanno Pisano et pour l’histoire. »

Lundi lecture #113 : Espions

Keith et Stephen sont deux amis et voisins, vivants dans un quartier calme de Londres. Keith a toujours les meilleures idées et Stephen le suit inlassablement, ravi de pouvoir partager ses secrets avec son meilleur ami. Et si la Seconde guerre mondiale fait rage, cela ne réduit pas les jeux des enfants. Au contraire, tout un monde de mystères les entoure soudainement, et prend forme peu à peu lorsqu’ils décident de traquer les agents ennemis dans leur quartier.

L’ennemi peut être partout, y compris tout près des enfants, dans leur lotissement. Il paraît même qu’un aviateur a été abattu il y a peu de temps et qu’il s’est réfugié non loin de là, quelques centaines de mètres au-delà d’un sombre tunnel rendu presque impraticable par une large flaque d’eau qui en occupe toute la largeur. L’aventure tend les bras aux deux garçons, qui rêvent de devenir des héros nationaux.

Michael Frayn plonge ici le lecteur dans les jeux innocents de l’enfance et dans leurs conséquences, parfois sérieuses, lorsqu’ils dépassent les frontières qui les séparent du monde des adultes. Les secrets sont alors plus difficiles à avouer et l’amitié n’est plus aussi indéfectible. Et, non loin, se profile la fin de l’enfance et de l’innocence et l’entrée dans le monde des adultes.

Le départ

Ça y est. Tu es parti à ton tour. Tu as suivi tes camarades, et comment pourrais-je t’en vouloir ? C’était dans la logique des choses. J’aurais bien aimé pouvoir te retenir, mais cela n’avait pas de sens. Tu es libre, après tout.

Je dois bien avouer que je suis nostalgique de la période où vous étiez là, en ma compagnie. Nous allions de partout ensemble, nous avions les mêmes goûts, partagions les mêmes plaisirs… Je sais que je ne devrais pas ressasser le passé, mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est plus fort que moi. La vie était si belle, à cette époque… J’étais jeune, fringant, l’avenir était excitant.

A présent, le futur s’écrit au jour le jour et je m’interroge sur les raisons qui vous ont poussé à me quitter, régulièrement, par petits groupes. Surtout que vous n’aviez aucune certitude à propos de ce qui vous attendait là où vous partiez. Vous n’aviez même pas l’air de savoir dans quelle direction aller. Avez-vous senti le vent tourner, remarqué un signe que j’aurais ignoré ? Ou vous ai-je fait du mal, provoquant ainsi votre départ ? Je ne le saurai jamais.

Je te tiens là, entre mes doigts. Mon dernier cheveu. Et je revois ma vie défiler devant mes yeux. Plus rien ne sera jamais comme avant.