Une machine à laver condamnée pour vol de chaussettes

C’est une affaire qui fera jurisprudence. Le tribunal a requis hier deux ans de prison dont un an ferme à l’encontre d’une machine à laver, reconnue coupable d’un vol de chaussettes. L’intéressée, qui s’est réfugiée dans le mutisme pendant toute la durée du procès, n’a pas précisé si elle ferait appel de cette décision.

A aucun moment l’accusée n’a permis de faire avancer l’enquête. Niant les faits et taisant le nom d’éventuels complices, elle s’est attiré les foudres du procureur, qui a vu dans ce procès l’occasion de frapper contre un réseau qu’il estime bien plus vaste. Car au-delà du cas précis de cette machine à laver (dont le numéro de série n’a pas été révélé, pour la protéger d’éventuelles représailles), c’est toute une organisation qui est soupçonnée d’agir en sous-main.

Le procès qui vient de s’achever n’a pas permis de répondre aux questions fondamentales : qui tire les ficelles de ce trafic de chaussettes, et dans quel but ? L’enquête piétine et l’intense pression mise par le procureur n’a pas donné plus de résultats. La police espère désormais pouvoir arrêter plus de machines à laver pour la même infraction. Une tâche rendue difficile par l’interdiction pour les forces de l’ordre de perquisitionner avant six heures du matin, ce qui les empêche d’intervenir pendant les heures creuses de la nuit, pendant lesquelles la plupart des disparitions de chaussettes ont été constatées. 

Lundi lecture #80 : Les cigognes sont immortelles

Les cigognes sont immortellesLe mois de mars 1977 marque un tournant dans l’histoire du Congo. Le président Marien Ngouabi est assassiné lors d’un coup d’Etat, à Brazzaville. A Pointe-Noire, le jeune Michel ne semble a priori pas concerné. Sa vie quotidienne avec Maman Pauline et Papa Roger est rythmée par ses gaffes régulières. Tête-en-l’air, Michel égare bien souvent la monnaie des courses et l’ensemble de sa classe se moque de son côté rêveur. Mais les tracas du quotidien laissent rapidement leur place à la réalité politique du moment.

Quand les soldats débarquent dans le quartier Voungou pour faire respecter le couvre-feu, il n’est plus question de rêver. La vie du quartier se réorganise, et même les parents de Michel changent d’attitude.

La colonisation n’est pas si lointaine pour ce pays libre depuis seulement 17 ans, et les différentes influences des pays développés transparaissent dans le roman d’Alain Mabanckou. Ecrit à la première personne avec une fausse naïveté, ce court ouvrage mêle avec brio l’histoire d’un Etat et celles de sa population.

Le dernier des Mohicans

Ils ont tous disparu autour de moi. Un par un, parfois deux par deux. Cela fait plusieurs heures que je me trouve ici. Au début, nous étions plusieurs centaines, regroupés par familles. Certains de mes camarades s’entassaient étrangement, comme pour former une pyramide, mais personne ne s’en est inquiété. Vous savez comment c’est, il y a toujours des gens extravagants. Ils ont besoin de se faire remarquer et ne manquent pas une occasion de le faire.

A mesure que le temps est passé, nous avons remarqué quelques disparitions. Au début, ce n’était pas grand-chose. Tout à coup, l’un d’entre nous se trouvait enserré dans une étrange pince et s’envolait littéralement. Nul ne sait où ils sont partis, ni s’ils reviendront un jour. Nous commencions à craindre pour nos vies.

Mais quand le rythme des disparitions s’est accéléré, la peur a cédé sa place à la panique. Qui sera le prochain ? En quelques minutes, ce fut une véritable hécatombe. Nous n’avions aucun moyen de résister, pas même le moindre recoin où nous cacher.

Et c’est ainsi que je me suis retrouvé tout seul, perdu sur cette lande étrange où rien ne pousse. Je ne peux voir que des traces de la présence de mes congénères, des miettes de vie. J’ai l’impression que j’ai été oublié, parce que cela fait plusieurs minutes que les autres ont disparu. La razzia s’est subitement arrêtée. Au point où j’en suis, j’aimerais moi aussi être emporté vers les cieux, comme les autres toasts de ce buffet. Cela vaudrait mieux que ma solitude actuelle. 

Lundi lecture #79 : Suite(s) impériale(s)

suitesimperialesClay est écrivain et scénariste. Ses récits ayant eu du succès, il gravite dans le beau monde de Los Angeles et aide le producteur d’un film tiré de l’un de ses livres à en réaliser le casting. Le film ne paraît pas si bon, et toutes les personnes que Clay rencontre essayent de l’amadouer pour obtenir un rôle. Rain Turner, une actrice au parcours obscur, le séduit pour parvenir à ses fins.

Tombé amoureux, Clay s’efforce de l’aider. Il renoue contact avec plusieurs de ses anciennes connaissances car il a passé de longues années à New York entre-temps, mais ses amis de toujours se détournent peu à peu de lui et lui font comprendre qu’il risque de se mettre dans de sales draps s’il continue à soutenir Rain Turner. Clay est incapable de percer le secret de la jeune femme, alors que tout son entourage veut le forcer à la quitter.

Les mensonges et les on-dit ont toute leur place dans cet ouvrage de Bret Easton Ellis. Les relations amicales entre les personnages se sont effritées après plus de 20 ans d’éloignement, et les alliances entre les uns et les autres rythment le récit. 

Godzilla

familleLes  habitants de la ville coulent des jours paisibles. Certains se promènent dans les rues, d’autres circulent en voiture ou prennent le train. Des animaux sont visibles en nombre, preuve de l’harmonie entre les espères qui a pu être instaurée avec le temps. Tout est calme.

Jusqu’à l’arrivée d’une bête immense. Un monstre baveux à la démarche pesante, qui écrase tout sur son passage. En un instant, les rails sont balayés, les voitures soulevées et les arbres déchiquetés. La population tente de fuir mais il est déjà trop tard. Les dégâts sont considérables et les autorités n’ont pas les moyens d’arrêter la progression de la créature.

Ce surnom de Godzilla te va à merveille. Tu n’as que quelques mois, mais tu détruits déjà allègrement les jeux de ton frère, qui ne sait comment réagir quand tu viens baver sur ses jouets.

Lundi lecture #78 : La bombe

labombeLouis Lingg est un homme fascinant. Sa manière de défendre les travailleurs pauvres de Chicago face aux patrons qui les exploitent et contre la police qui réprime les manifestations impressionne, tout comme la modestie qui accompagne ses faits et gestes. Pour Rudolph Schnaubelt, c’est l’exemple à suivre. Rudolph Schnaubelt est, comme Louis Lingg, un Allemand immigré aux Etats-Unis. Comme bon nombre de ses concitoyens, il a eu énormément de mal à trouver du travail et à obtenir un salaire décent.

Dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle, les grandes entreprises exploitent leurs ouvriers, qui sont le plus souvent immigrés, sans que cela ne dérange personne. Les travailleurs réclament sans succès de meilleurs salaires et l’instauration de la journée de huit heures mais ne peuvent compter sur le soutien de la population américaine, bien mieux lotie qu’eux. En revanche, ils goûtent à la répression de la police, qui disperse à coups de matraque voire de revolver tout rassemblement. Jusqu’au jour où les travailleurs immigrés passent à l’action.

Ce roman de Frank Harris revient sur le massacre de Haymarket Square le 4 mai 1886, qui est à l’origine d’avancées sociales importantes et constitue le point de départ de la fête du Travail célébrée le 1er mai. L’auteur a toutefois pris des libertés avec la réalité : si Rudolph Schnaubelt affirme dès les premières lignes du récit qu’il a lancé la bombe lui-même, aucun élément n’a pu le confirmer.