Lundi lecture #149 : Les falsificateurs

Géographe fraîchement diplômé, l’Islandais Sliv Dartunghuver trouve un emploi dans un cabinet d’études environnementales. Mais après quelques jours dans l’entreprise, il apprend que son travail n’est qu’une couverture pour intégrer une autre organisation, le Centre de Falsification du Réel. Aucune information n’est disponible à propos du CFR, et Sliv doit se fier aux descriptions de son supérieur pour en apprendre plus.

Laïka, la chienne envoyée dans l’espace ? Un mensonge. La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ? Une histoire montée de toutes pièces. D’autres exemples sont cités pour montrer la force de frappe du CFR. L’organisation emploie des milliers de gens à travers le monde pour modifier la réalité et façonner le cours des événements à sa guise. Dans quel but ? Sliv voudrait le savoir, mais personne ne peut le renseigner à ce sujet. Sa seule option est de gravir les échelons en interne et espérer découvrir un jour les secrets de fonctionnement du CFR.

A une époque où les fake news sont un véritable sujet de société, ce roman d’Antoine Bello pousse le lecteur à s’interroger sur la véracité des événements dont il a connaissance. Sans verser dans le conspirationnisme, la société secrète imaginée par l’auteur donne plutôt envie de participer, nous aussi, à la réécriture des faits.

Lundi lecture #148 : Le gang de la clef à molette

Dans l’Ouest américain, les canyons et leurs rivières sont défigurés par les routes et barrages que les autorités ont fait construire. De gigantesques projets immobiliers sont en préparation et laissent présager un avenir encore plus sombre pour la région. Quatre individus décident de se rebeller contre ce futur fait de béton et d’acier.

Un vétéran du Vietnam, un mormon polygame, ainsi qu’un chirurgien et sa maîtresse prennent les choses en main après un bivouac dans la nature. Armés de quelques outils, ils s’en prennent rapidement aux chantiers de construction de nouvelles routes et de nouveaux ponts en détruisant les engins de chantier. Leur action déclenche l’ire des autorités, et une course-poursuite s’engage dans cette région désertique.

L’aspect radical de l’action des protagonistes renvoie au militantisme de l’auteur Edward Abbey. Ecologiste radical, l’écrivain américain a consacré sa vie à la défense de la nature, défendant même les opérations de sabotage. La violence de son engagement transparaît ici dans la détermination des personnages.

Lundi lecture #147 : Moonbloom

Sale temps pour Norman Moobloom. Ce rêveur et fainéant subit la pression de son frère Irvin, qui l’emploie comme gérant de plusieurs immeubles de New York. Son travail consiste à collecter le loyer et à répondre aux doléances des locataires. Mais voilà : les immeubles sont décrépis et leurs habitants passent leur temps à se plaindre de ce qui ne fonctionne pas. Comment Norman peut-il résoudre tous ces problèmes ?

En plus de s’occuper des soucis des locataires liés à l’état de leur logement, Norman Moonbloom entre dans leur intimité lors de chacune de ses visites pour collecter le loyer. Querelles de voisinage ou familiales, tracas du quotidien ou réflexions sur le sens de la vie, Norman à droit à tous les niveaux de commentaires. Et ceux-ci le renvoient à sa propre existence, seul dans son petit bureau, avec les lettres de son nom sur la porte qui s’effritent avec le temps.

Edward Lewis Wallant signe un roman haut en couleurs et plein d’humanité où les sujets les plus sérieux sont traités avec humour et légèreté. Au fil des pages, les quatre immeubles dont s’occupe Norman Moonbloom prennent vie. C’est une ville dans la ville, un microcosme si réaliste que le lecteur se surprend à reconnaître certains de ses voisins.

Lundi lecture #146 : Sara la Noire

Sara la Noire est la sainte patronne des gitans. C’est tout naturellement vers elle que se tourne Guillermo quand il a besoin de repères. Policier et gitan, il a quitté sa Camargue natale pour travailler dans le nord de Paris. Mais il a laissé au pays la promesse de retrouver une jeune fille dont l’enquête sur sa disparition a été classée.

Dans la capitale, Guillermo s’occupe d’affaires sordides et les frontières déontologiques ne tardent pas à tomber. Lorsqu’il prend sous son aile une femme battue et désorientée, il franchit toutes les lignes rouges sans y prêter beaucoup d’attention. Seule compte pour lui cette promesse qu’il a faite et qu’il n’a pas encore pu tenir.

Gianni Pirozzi livre ici un roman sombre et violent. Entre trafic de drogue, proxénétisme, meurtres et chantage, le lecteur est ballotté d’un quartier mal famé à un autre jusqu’au dénouement.

Lundi lecture #145 : Notre quelque part

Une scène de crime dans un village au Ghana met en émoi la police du pays. L’histoire aurait dû être oubliée comme les autres, mais les restes humains découverts dans une case l’ont été non loin de la résidence de la maîtresse d’un ministre. Toute la lumière doit donc être faite sur cette affaire, aussi vite que possible. Kayo Odamtten, jeune médecin légiste recalé par la police quelque temps avant, est appelé pour résoudre l’enquête.

Le jeune homme interroge le voisinage et se lie rapidement d’amitié avec les habitants du village. Ceux-ci s’habituent à sa présence et s’ouvrent peu à peu dans le sillage du chasseur Yao Poku, qui semble savoir beaucoup de choses mais préfère les garder pour lui. A la place, il propose une longue histoire aux policiers venus de la capitale, en espérant qu’ils sauront résoudre les énigmes.

Les légendes africaines se mélangent à la réalité d’une enquête policière dans ce récit de Nii Ayikwei Parkes. Bien qu’une enquête ait lieu tout au long de l’histoire, Notre quelque part n’a rien d’un roman policier. Il présente au contraire une description de la société ghanéenne contemporaine.

Lundi lecture #144 : A l’horizon scintille l’océan

Joël a 15 ans et fête la fin de l’année scolaire. A partir de l’été, il sera débarrassé de l’école. Que faire ? Il aimerait suivre les pas de son père et devenir marin. Mais celui-ci ne semble pas aussi pressé. Après des années en mer, il s’est installé dans un petit village au Nord de la Suède et est devenu bûcheron. La mer et les voyages, pour lui, ne sont plus que des lointains souvenirs dans lesquels il se replonge avec nostalgie.

Une lettre force finalement le père à reprendre la route. Dans celle-ci, une vieille amie annonce qu’elle a retrouvé la trace de la mère de Joël. Elle vit désormais à Stockholm. Le garçon insiste pour s’y rendre au plus vite. Il veut profiter du voyage pour aller voir les bateaux au port et, qui sait ? peut-être redonner envie de voguer en mer à son père.

Au carrefour entre l’enfance et l’âge adulte, Joël découvre la complexité du monde qui l’entoure dans ce roman de Henning Mankell. En sortant de son cocon habituel dans son village isolé, le jeune homme affronte un nouveau monde. Mais s’il perd certaines illusions, il découvre en parallèle un océan de possibilités.

Lundi lecture #143 : Le cœur est un chasseur solitaire

John Singer est sourd-muet et vit dans une petite ville américaine. Mais il ne vit pas en marge de la société. Au contraire, il a un emploi (il répare des montres dans une bijouterie) et il est tous les jours en contact avec différents habitants de la ville. Car s’il est incapable de parler, il comprend bien les mots des autres, à condition de ne pas parler trop vite pour qu’il puisse lire sur les lèvres.

Autour de John Singer gravitent plusieurs personnages. Il y a Mick, une adolescente pauvre qui rêve d’apprendre à jouer du piano et à écrire de la musique, mais qui doit pour l’heure partager sa chambre avec ses grandes sœurs et ses journées avec ses petits frères. Il y a également Biff, un barman peu bavard mais qui aime observer le monde qui l’entoure. Jake, un individu fraîchement arrivé en ville, discute lui aussi quotidiennement avec John Singer et lui fait part de ses idées pour réformer la société. Le docteur Copeland, un Noir, veut lui aussi changer les choses, mais a une vision différente.

John Singer est la clé de voûte de chacune de ces existences. Tous se sentent en confiance en compagnie du sourd-muet, qui leur donne la possibilité de s’exprimer sans filtre. Mais le véritable centre de ce roman de Carson McCullers est la solitude, qui accompagne chaque personnage et les empêche de réaliser leurs rêves. Isolés, ils n’ont pas la force d’atteindre leur but. Et la présence de John Singer est leur seule échappatoire.

Lundi lecture #142 : Massacre des innocents

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1629, le navire Batavia fait naufrage au large de l’Australie. Environ 200 personnes sont rescapées et trouvent refuge sur les îles Abrolhos, qui sont inhabitées. Après quelques jours d’adaptation éprouvent la majorité des survivants, avant que l’organisation du bateau ne reprenne ses droits. En l’absence du subrécargue (le superintendant) Pelsaert, parti vers Java chercher des secours, c’est son adjoint Jeronimus Cornelisz qui prend le commandement du conseil.

Mais au lieu de mettre en place un système équitable pour se partager les vivres et l’eau potable, Cornelisz organise les exécutions des individus qui pourraient l’empêcher de détenir les pleins pouvoirs. Il exile ensuite un groupe de soldats sur une île voisine dans l’archipel, puis laisse libre court à ses ambitions macabres. Les meurtres se multiplient, sans justification ni discrétion, jusqu’à l’arrivée des secours sur place.

Marc Biancarelli plonge le lecteur dans un récit effroyable, décrivant avec précision l’horreur vécue par les survivants au naufrage. Il s’intéresse particulièrement à la nature de Jeronimus Cornelisz, dont le parcours avant de prendre la mer était déjà émaillé d’incidents violents. Le roman fait ainsi revivre l’un des plus grands drames de l’époque, tout en s’interrogeant sur l’origine du mal.

Lundi lecture #141 : L’art de perdre

Naïma est Française et d’origine algérienne. Elle a longtemps ignoré le passé de sa famille, mais les interrogations sur son histoire s’accumulent avec le temps et elle finit par s’y intéresser. Mais elle se heurte à plusieurs obstacles : son grand-père Ali est décédé, sa grand-mère Yema ne parle pas français, et son père Hamid refuse de parler de l’Algérie, sous prétexte qu’il a tout oublié. Difficile, dans ces conditions, de faire resurgir le passé et de relier les fils qui la lient à l’autre côté de la Méditerranée.

Ali était un harki. Riche propriétaire terrien dans son village, il a emmené sa famille avec lui en France juste après la fin de la guerre d’Algérie. Officiellement français à son arrivée en métropole, il est traité comme un étranger et est enfermé dans le camp de réfugiés de Rivesaltes avant de pouvoir travailler.

La difficile intégration des familles fuyant l’Algérie en 1962 et la question de l’identité des générations suivantes font figure de pilier central de ce roman d’Alice Zeniter, qui se penche également sur des passages méconnus de la guerre d’Algérie. De chaque côté de la Méditerranée, les plaies n’ont pas été refermées, compliquant ainsi la tâche de Naïma dans la recherche de ses origines.

Lundi lecture #140 : Des fleurs pour Algernon

Charlie Gordon est employé dans une boulangerie. Simple d’esprit, il rêve de devenir intelligent pour épater ses amis et sa famille. Il s’échine à apprendre à lire et écrire lors de cours du soir, sans succès. Alors, quand une équipe de scientifiques lui propose de se porter volontaire pour réaliser une expérience qui doit faire de lui l’homme le plus intelligent de la planète, il n’hésite pas une seconde.

Avant lui, une souris baptisée Algernon a subi la même opération et les résultats sont spectaculaires. Chez Charlie, les mêmes effets se font sentir à court terme. L’homme a soif de connaissance et engrange un savoir inégalé, au point de dépasser les scientifiques dans leur domaine de prédilection. Mais en devenant intelligent, il découvre également la réalité du monde qui l’entourait quand il travaillait à la boulangerie. Pire encore, il réalise qu’Algernon commence à régresser.

Trop bête puis trop intelligent, Charlie Gordon est condamné à rester en marge de la société. Sa transformation l’isole encore plus et seule sa professeure à l’école pour adultes attardés semble le comprendre. Outre l’intelligence et la science, c’est la solitude qui est le pilier central de ce roman de Daniel Keyes.